Histoire du ballet : l’Histoire de Manon

Histoire du ballet : l’Histoire de Manon

J’aimerais tellement qu’il soit encore en vie pour voir cela aujourd’hui. La création avait été un tel échec, et il en avait été profondément blessé. […] Je pense que si l’on a persévéré dans cette production, c’est uniquement parce qu’elle avait coûté énormément d’argent. Il a fallu un certain temps avant qu’elle ne trouve son public. » Deborah Macmillan (femme de Kenneth Macmillan), 1998, The Art Desk.

Sommaire

Introduction

Malgré l’échec qu’a connu ce ballet lors de ses premières représentations, L’Histoire de Manon est aujourd’hui l’une des œuvres les plus représentées du répertoire de Kenneth MacMillan dans le monde. À Paris et à Londres seulement, depuis sa création en 1974, le ballet a été représenté 324 fois, contre 210 représentations pour son autre grand ballet, Mayerling (créé en 1978).

L’Histoire de Manon, c’est le récit d’un amour soumis aux réalités de la vie au XVIIIe siècle. En effet, ce ballet nous raconte l’histoire de « l’erreur » commise par Manon : choisir le confort et le luxe plutôt que son amour pour le chevalier Des Grieux. Cependant, Kenneth MacMillan ne met pas l’accent sur la vie légère de Manon, mais sur la puissance des émotions ressenties par les deux héros de l’histoire. Entrons donc dans l’univers de Manon et du chevalier Des Grieux !

Aux origines de l’histoire

Ce ballet est inspiré d’un tome de la série de romans de l’abbé Prévost, Mémoires et aventures d’un homme de qualité, intitulé L’Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, publié en 1731. Le succès de ce volume est si retentissant que l’auteur le publie plus tard séparément, sous le titre Manon Lescaut, en 1753.

Pour la création de ce ballet narratif, après Roméo et Juliette, Kenneth MacMillan choisit Antoinette Sibley et Anthony Dowell pour interpréter les rôles principaux. Il s’agit des stars de l’époque du Royal Ballet après

Kenneth MacMillan ne veut pas mettre l’accent sur la moralité de Manon, qui sera malgré tout critiquée par le public. Il met davantage en valeur le dilemme auquel elle doit faire face : l’amour ou l’ascension sociale et financière. Au lieu de la condamner pour sa moralité douteuse, il essaie de la comprendre et de prendre en compte les réalités de son époque : l’extrême pauvreté et l’injustice sociale. Bien que L’Histoire de Manon se termine tragiquement, on ne pense pas que cette fin soit méritée.

Afin de réaliser cette œuvre, Kenneth Macmillan rassemble un grand nombre des œuvres de Jules Massenet qui avait déjà composé un opéra sur le même thème. Cependant, il ne reprend aucun air de l’œuvre lyrique du compositeur. Il demande donc à Leighton Lucas et Hilda Gaunt d’orchestrer ce nouvel ensemble qui compose le ballet l’Histoire de Manon.

Ainsi, c’est le 7 mars 1974 qu’a lieu la première de ce nouveau ballet de Kenneth MacMillan. Malheureusement, l’œuvre connaît un accueil critique mitigé, car une partie du public peine à s’identifier à Manon, dont les mœurs sont jugées légères et la morale incertaine. Selon Ismene Brown, dans The Arts Desk :

« Le ballet britannique des années 1970 n’était pas prêt à accueillir des femmes déchues. Après 150 ans de fascination pour des héroïnes chastes, tout le vocabulaire de la danse classique semblait conçu pour exprimer des sentiments nobles et un amour romantique et spirituel. »

Comme évoqué plus haut, le ballet met plusieurs années à trouver progressivement son public. Aujourd’hui, il s’agit de l’un des ballets néoclassiques les plus représentés au monde.

Résumé du ballet : L’Histoire de Manon

Acte I : la rencontre avec le chevalier Des Grieux

Dans une auberge près de Paris, Manon, une jeune femme destinée au couvent, rencontre le chevalier Des Grieux, un étudiant. C’est le coup de foudre pour les deux héros du récit de Kenneth MacMillan. Après une variation au cours de laquelle Des Grieux exprime son amour pour Manon, les deux amants entament un Pas de deux touchant sur le thème d’Elégie de Jules Massenet, à l’issue duquel ils décident de s’enfuir ensemble à Paris pour vivre pleinement leur idylle.

Mais Manon attire également l’attention d’hommes fortunés. Son frère, Lescaut, comprend rapidement qu’il peut tirer profit de sa beauté et cherche à la rapprocher d’un riche protecteur.

Dans leur chambre, les deux amants savourent leur bonheur. Ce moment donne lieu à l’un des pas de deux les plus célèbres du ballet, offrant aux danseurs principaux une grande liberté d’interprétation pour exprimer la passion qui anime les deux personnages. Pourtant, leur pauvreté demeure un obstacle à leur bonheur.

Lorsque Des Grieux s’absente pour demander de l’argent à sa famille, Lescaut débarque dans leur appartement, accompagné de Monsieur de G.M., un homme très riche. Manon se laisse séduire par la perspective d’une vie luxueuse. À son retour, Des Grieux retrouve l’appartement vide. Lescaut lui explique le départ de Manon, ce qui lui brise le cœur.

Acte II : la nouvelle vie de Manon

Manon mène désormais une existence fastueuse auprès de Monsieur de G.M. Lors d’une réception mondaine dans une maison de jeu qui sert également de lieu de prostitution de luxe, elle retrouve Des Grieux, qui l’aime toujours passionnément. Déchirée entre ses sentiments et son goût pour le luxe, elle hésite à abandonner sa vie privilégiée.

Elle finit par proposer à Des Grieux de gagner de l’argent au jeu pour pouvoir s’enfuir ensemble. Mais le jeune homme est surpris en train de tricher. La situation dégénère et les amants prennent la fuite.

Dans leur chambre, ils se retrouvent et réaffirment leur amour. Manon souhaite cependant conserver les bijoux et les richesses qu’elle a obtenus. Monsieur de G.M. arrive avec la police et fait arrêter Manon, qu’il accuse de prostitution. Au cours de l’affrontement, Lescaut est tué.

Acte III : le bagne et la mort

Manon est condamnée à la déportation en Louisiane. Des Grieux, qui refuse de l’abandonner, la suit en se faisant passer pour son mari.

Dans cette colonie pénitentiaire, le geôlier s’intéresse à Manon et cherche à la contraindre à devenir sa maîtresse en lui promettant une vie plus confortable. Des Grieux intervient pour la sauver et tue le geôlier.

Les deux amants s’enfuient alors dans les marécages de Louisiane. Épuisée, Manon erre avec Des Grieux et sent ses forces l’abandonner. Elle revit dans un délire les images de son passé, puis s’effondre et meurt dans les bras de son amant. Des Grieux reste seul, anéanti par la perte de celle qu’il aime.

Il s’agit de l’ultime pas de deux du ballet. Sa chorégraphie représente un défi particulier pour le danseur, qui doit soutenir et animer le corps inerte de la danseuse, sans que celle-ci puisse l’aider dans l’exécution des mouvements.

Sources

Histoire de Manon à Prague, Salut – c – Fabrice Valserra del Dongo

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