« Battant des ailes, le cygne s’envole au-dessus des vagues, descend sur la rive, se cache dans les buissons. Se secouant, il se change en une princesse… »
Alexandre Pouchkine, « la Princesse-cygne », Le Conte du Tsar Saltan, 1830.
Sommaire :
Point historique
Quand Marius Petipa re-chorégraphie le Lac des cygnes, un ballet autrefois peu apprécié de son public pour le Ballet Impérial du Mariinsky, en 1895, personne n’aurait pu deviner le succès centenaire de cette œuvre. Et pourtant, il s’agit aujourd’hui du ballet le plus apprécié et le plus dansé au monde. Mais comment cette œuvre a-t-elle pu passer à côté de son public ?
Aux origines de l’histoire
Avant de nous interroger sur le succès du Lac des cygnes, essayons de voir qu’elle a été l’inspiration de Tchaïkovski.
Il y a plusieurs hypothèses à ce sujet. Tout d’abord, il est fort probable que Tchaïkovski se soit inspiré du folklore germanique et russe afin de composer son ballet avec la légende des douze cygnes, l’histoire de Lohengrin et celle de la Princesse-Cygne d’Alexandre Pouchkine.
Mais le héros du ballet, Siegfreid, possède aussi des qualités qui sont propres à l’époque du compositeur : en particulier la tragique histoire de Louis II de Bavière. L’emblème de la famille du monarque était le cygne et le nom de son célèbre domaine « die Schwanstein » (le Rocher du Cygne), se rapportait à celui-ci. Le Siegfried de Tchaïkovski possède aussi les mêmes caractéristiques mélancoliques et rêveuses que le prince qui se perdait dans les contes et légendes du compositeur d’opéras, Richard Wagner.
La composition (1877)
Il est probable que le thème principal du Lac des Cygnes fut composé pour une réunion familiale en 1875 en particulier pour les enfants de la sœur de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Il reprend donc ce thème quand Vladimir Petrovitch Beguiychev, Intendant des Théâtres Impériaux de Moscou, l’invite à composer un ballet pour le Bolchoï.
Les premières représentations se déroulent en mars 1877, et ne sont pas à la hauteur des espérances du compositeur. La chorégraphie est confiée à Julius Reisinger qui ampute la partition d’un tiers de ses compositions en les remplaçant par des pièces de danse d’autres compositeurs.
Tchaïkovski ressent cela comme une humiliation et le ballet tombe dans l’oublie pendant 18 ans.
Il faut savoir que les deux artistes ne se sont pas entendus pendant la réalisation de l’œuvre. Le compositeur ne considère pas son travail comme égal à celui du chorégraphe Reisinger, ce qui génère des tensions entre les deux parties lors de la création du ballet. Comme le dit Laurence Le Diagon-Jacquin dans son essai sur l’œuvre de Tchaïkovski : « […] l’approche du spectacle dansé très traditionnaliste de Reisinger se trouve dépassée par les ambitions « symphoniques » de la musique. ».
La version de Marius Petipa, Lev Ivanov (1895)
Même s’il n’y a pas de véritable version originale du ballet, c’est la version de 1895 de Marius Petipa et Lev Ivanov, 2 ans après la mort de son compositeur, qui fait, aujourd’hui référence.
En effet, Modest Tchaïkovski, petit frère et collègue de Piotr, s’associe avec le maitre de ballet Marius Petipa qui voit tout de suite le potentiel de la partition. Celui-ci avait déjà collaboré avec Piotr Tchaikovski dans le passé pour la Belle au bois dormant et convainc le Théâtre Impérial du Mariinsky de produire une nouvelle version du Lac des cygnes.
La chorégraphie est faite en collaboration avec Lev Ivanov qui prend à sa charge les actes I et III soit les scènes se passant au château du prince Siegfreid. Marius Petipa est donc responsable des actes « en blanc » symboliques de l’ensemble de son œuvre.
La virtuosité de l’œuvre, ainsi que la mise en avant de la technicité des danseuses dans le rôle d’Odette ont fait de ce ballet l’une des références du répertoire classique.
Résumé du ballet : Le Lac des cygnes
Après près de 150 ans d’édition et de ré-édition du ballet, l’histoire du Lac des cygnes a souvent changé en particulier la fin de celui-ci, qui est souvent tragique. En voici les grandes lignes de l’histoire du conte.
Acte I : cours du château / salle de réception
Dans une contrée germanique, le prince Siegfried fête son anniversaire avec ses amis. Il vient d’atteindre sa majorité et célèbre auprès de ses proches sa future accession au trône. Passionné de chasse et figurant parmi les meilleurs tireurs du pays, il se voit offrir une arbalète flambant neuve par sa mère, la Reine.
Durant les festivités, cette dernière fait part à Siegfried de son ambition de le marier à une princesse de son choix, parmi une sélection de prétendantes. Le prince, d’un tempérament rêveur et désintéressé de situation sentimentale, désapprouve sans un mot l’empressement de sa mère, même s’il se doit malgré tout de lui obéir.
Acte II : le Lac des cygnes
Songeur, Siegfried se retire pour chasser et se changer les idées. Alors que le soleil se couche il voit soudainement passer un cygne majestueux. Le prince braque son arbalète en direction de l’animal mais voyant la beauté de ce cygne, troublé, il renonce à tirer.
L’oiseau se pose dans un fourré non loin du jeune homme et se change en une magnifique demoiselle. A sa vue, Siegfried en tombe immédiatement amoureux. Il essaye de l’approcher, mais celle-ci prend peur. Il la rassure, lui explique qui il est. Rassurée, elle dit s’appeler Odette. Autrefois, elle était une princesse et se trouve être maintenant la reine des cygnes-femmes du Lac.
Il y a longtemps, un sorcier, Rothbart, lui a jeté un sort pour la punir de s’être refusé à lui. Il l’a condamnée à se transformer quotidiennement en cygne jusqu’au coucher du soleil.
Seule une déclaration et une promesse d’amour éternel peut rompre le sort jeté par le sorcier. Amoureux et désireux d’aider Odette, Siegfried lui jure son amour véritable. Il propose à la jeune femme de venir au bal organisé le lendemain en son honneur afin qu’il se marie. Ainsi, le prince pourra faire sa promesse devant les dieux et épouser Odette.
Les deux amants parlent toute la nuit, accompagnés de l’ensemble des femmes-cygnes du Lac. Le matin, Odette le quitte et lui dit qu’elle essaiera de venir au bal.
Acte III : salle de réception du château
Rothbart, le sorcier, a tout entendu de l’entretien que le jeune prince et Odette ont eu. Il a donc l’idée de transformer sa propre fille, Odile, en la forme humaine de la reine des cygnes.
Habillée d’une somptueuse robe noire, Odile se présente à la réception sous les traits d’Odette, et trompe le prince. Il lui jure fidélité et un amour éternel après avoir dansé avec elle. Odette a malheureusement tout vu de la scène et se sent trahie par le prince, elle fuit. Siegfried se rend compte par la suite que la femme a qui il a déclaré sa flamme n’est qu’un leur et paniqué s’en va en courant au lac des cygnes.
Acte IV : le Lac des cygnes
Odette accourt au lac et raconte à ses compagnes sa mésaventure. Elle leur révèle aussi qu’elle a maintenant le choix entre rester un cygne ou s’enlever la vie. En effet, si l’amour véritable de la jeune princesse est avouée à une autre personne, celui-ci la condamne à rester un cygne pour le restant de ses jours. Les femmes-cygnes se rapprochent d’elle et la consolent.
Fin originelle
Siegfried arrive et cherche Odette. Quand il la trouve il se confond en excuses et se blâme de n’avoir pas su voir au-delà des apparences. Mais il est trop tard, Odette donc se retire prêt du rocher d’où elle se jette et meurt en reprenant l’apparence qu’elle avait avant d’être ensorcelée par Rothbart.
Fin alternative
Siegfried arrive et cherche Odette. Quand il la trouve il se confond en excuses et se blâme de n’avoir pas su voir au-delà des apparences. Odette le pardonne et l’enlace une dernière fois. Rothbart surgit et attaque le prince qui le terrasse. Odette est donc libérée du mauvais sort et peut se marier avec le prince.
Les chorégraphies classiques les plus connues
- Rudolph Noureev, 1984, pour l’Opéra national de Paris : il donne une place très importante au rôle masculin et une nouvelle dimension psychologique au prince.
- Liam Scarlett, 2018, pour le Royal Opera House (Royal Ballet and Opera) : les pas de deux sont magnifiés et les costumes rappelle l’époque victorienne chère au peuple britannique.
- John Neumier, 1976, pour le The Hamburg Ballet : le titre change. Il s’agit maintenant d’« Illusion Like Swan Lake ». Ici, il est plus question de l’histoire tragique du prince Louis II de Bavière qui s’identifie à l’histoire du Lac des cygnes.
Les adaptations chorégraphiques contemporaines
- Jean-Christophe Maillot, Lac, 2011, pour les Ballets de Monte-Carlo : l’histoire change complètement. Rothbart devient « Sa Majesté la Nuit ». A cause d’une querelle d’enfant, originelle, un affrontement entre la reine et celle-ci prend place mettant en scène leurs enfants. L’histoire globale ne change cependant pas.
- Angelin Prejlocaj, le Lac des cygnes, 2020, pour le Ballet Prejlocaj : nous sommes ici plongés dans le monde contemporain. Les parents du prince son des businessmans et veulent qu’ils vivent un peu plus.
- Matthew Bourne, Swan Lake, 1995, pour le Sadler’s Well Theater : l’histoire prend une tout autre signification. Les cygnes sont maintenant des hommes et l’histoire tourne autour du prince n’assumant/ comprenant pas son homosexualité le conduisant à la folie. La pièce est virtuose pour les hommes jouant les rôles des cygnes.
Sources
Livres :
- BERBEROVA Nina, Tchaïkovsky, Actes Sud, Editions Babel, 2004
- LE DIAGON-JACQUIN, Laurence, Au miroir du « Lac des cygnes » de Tchaïkovski, Editions Universitaires de Dijon, collection Essais, 2018
Sites :
- Les Ballets de Monte-Carlo : https://www.balletsdemontecarlo.com/fr/repertoire-maillot-lac
- New Adventures Compagny : https://www.new-adventures.net/behind-the-scenes/swan-lake
- Ballet Prejlocaj : https://preljocaj.org/creation/le-lac-des-cygnes/
- Opéra de Paris : https://www.operadeparis.fr/saison-23-24/ballet/le-lac-des-cygnes
- Royal Ballet and Opera : https://www.rbo.org.uk/tickets-and-events/swan-lake-2024-digital
- The Hamburg Ballet : https://hamburgballett.die-hamburgische-staatsoper.de/en/program/ballet/376-illusions-like-swan-lake

