« Quel charme, quelle élégance, quelle richesse de mélodie, de rythme et d’harmonie ! » — Piotr Ilitch Tchaïkovski à propos de Sylvia de Léo Delibes dans une lettre à Sergei Taneyev, 1877.
Sommaire
Introduction
Créé en 1876 au Palais Garnier, Sylvia ou la Nymphe de Diane est l’un des ballets emblématiques de Léo Delibes. Chorégraphiée par Louis Mérante, cette pièce est le premier ballet créé au Palais Garnier, inauguré en 1875.
Pourtant, à sa création, Sylvia ne rencontre pas le succès tant espéré. Il faudra attendre plusieurs reprises avant que le ballet rencontre un véritable engouement. Sa postérité doit notamment beaucoup aux reprises de Sir Frederick Ashton en 1952 et de John Neumeier en 1997, puis à différentes nouvelles lectures, dont celle de Manuel Legris en 2018. Aujourd’hui, le ballet est célébré pour sa musique, qui suscita l’admiration de Tchaïkovski, et pour son héroïne, Sylvia, figure féminine fière et indépendante.
Immergeons-nous dans l’univers mythologique de la nymphe de Diane.
Aux origines de l’histoire
Après les succès de La Source et de Coppélia, Léo Delibes s’attaque à un nouveau sujet inspiré de la mythologie antique, tiré de L’Aminta du Tasse. C’est le directeur de l’Opéra national de Paris de l’époque, Olivier Halanzier, qui se tourne vers lui en 1875 pour composer la musique du premier ballet destiné au nouveau Palais Garnier. L’objectif est notamment de mettre en avant la grande Étoile de l’époque : Rita Sangalli, en lui permettant de réaliser de nombreuses variations mettant en valeur son talent.
Les librettistes sont donc Jules Barbier, Jacques de Reinach et Louis Mérante. Ce dernier est également chargé de la chorégraphie. Dans cette équipe artistique, Léo Delibes occupe une place centrale et cela se voit dans la partition du ballet. D’ailleurs, on y observe une texture symphonique forte, en particulier dans les passages accompagnant l’action.
Sylvia est un ballet qui surprend le public parisien à sa création. Son sujet antique et ses choix esthétiques rompent avec certaines conventions du ballet romantique. Contrairement à Giselle ou le Lac des cygnes, le traditionnel tutu laisse, place à des tuniques. De plus, la partition de Léo Delibes, particulièrement ambitieuse et complexe, déroute le public des habitués de l’Opéra Garnier nouvellement construit. La musique est jugée trop complexe, ce qui contribue au demi-échec de l’œuvre à Paris.
Résumé du ballet : Sylvia ou la Nymphe de Diane
Acte I : la rencontre d’Aminta et Sylvia
L’action s’ouvre dans un bois consacré à Éros, le dieu de l’amour.
Le jeune berger Aminta est épris de Sylvia, une nymphe au service de Diane, déesse de la chasse et de la chasteté. Lorsque Sylvia arrive avec ses compagnes chasseresses, il se cache. Celles-ci se moquent d’Éros, car les suivantes de Diane rejettent l’amour et se consacrent à la chasse.
Enfin, découvert par Sylvia, Aminta lui avoue son amour. Cependant, la nymphe, fidèle à son vœu de chasteté et à Diane, le repousse. Ensuite, dans un geste de défi envers Éros, elle dirige son arc vers la statue du dieu. Aminta s’interpose pour protéger le dieu de l’amour et est touché par la flèche de Sylvia.
Alors, Éros intervient : il tire à son tour sur Sylvia, qui est blessée. Elle commence alors à comprendre ses sentiments pour Aminta. Puis, Orion, le chasseur qui convoite lui aussi la nymphe, surgit et l’enlève.
Par la suite, le dieu Éros vient au secours d’Aminta et le ramène à la vie. Le berger comprend que Sylvia a été enlevée et part à sa recherche.
Acte II : la libération de Sylvia
Le deuxième acte se déroule dans la grotte d’Orion, où Sylvia est retenue prisonnière.
Ainsi, Orion tente de séduire Sylvia en lui offrant des bijoux et du vin, mais celle-ci reste attachée à Aminta. Elle conserve précieusement la flèche d’Éros qui l’a blessée, comme le symbole de l’amour qu’elle commence désormais à ressentir pour le berger.
Pour échapper à son ravisseur, Sylvia fait boire Orion jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Elle récupère sa flèche et appelle le dieu de l’amour à son secours.
Celui-ci apparaît et lui montre Aminta, toujours à sa recherche. Sylvia comprend qu’elle peut enfin retrouver celui qu’elle aime. Alors, Éros et Sylvia quittent la grotte pour rejoindre Aminta.
Acte III : l’union d’Aminta et Sylvia
Le dernier acte se déroule près du temple de Diane, où une grande fête en l’honneur de Bacchus réunit danseurs, esclaves et bacchantes.
La fête de Bacchus permet à Léo Delibes de déployer une importante succession de divertissements chorégraphiques, dont le célèbre Pizzicato, associé à la création du rôle de Sylvia par Rita Sangalli.
Ainsi, Aminta arrive, toujours à la recherche de Sylvia. Celle-ci apparaît finalement parmi les captives et les deux amoureux se retrouvent. Mais leur bonheur est de courte durée : Orion surgit, furieux, et tente de s’emparer de Sylvia. Il affronte Aminta tandis que Sylvia se réfugie dans le temple de Diane.
La déesse intervient. Elle condamne Orion et veut également punir Sylvia, coupable d’avoir cédé à l’amour alors qu’elle avait juré chasteté et dévotion à sa déesse.
Mais Éros intervient à son tour. Il rappelle à Diane son propre amour pour Endymion, un jeune berger qu’elle aime malgré son vœu de chasteté. La déesse comprend alors que Sylvia ne peut être condamnée pour avoir succombé à l’amour.
Elle pardonne donc à sa nymphe et bénit l’union de Sylvia et d’Aminta.
Le ballet s’achève sur une apothéose avec l’apparition d’Endymion, qui fait écho à l’histoire d’amour de Diane.
Les chorégraphies les plus connues
- Sylvia, Sir Frederick Ashton, 1952, Sadler’s Wells Ballet / Royal Opera House.
Il s’agit du deuxième ballet de Sir Frederick Ashton. Celui-ci est créé pour sa muse, la grande Margot Fonteyn, qui interprète Sylvia aux côtés de Michael Somes, créateur du rôle d’Aminta. Ballet virtuose, il s’agit d’une pièce riche mettant en valeur les danseuses solistes ainsi que le Corps de ballet. Ashton reprend la partition de Delibes, à laquelle il ajoute notamment des numéros provenant de La Source.
Après avoir disparu du répertoire pendant plusieurs décennies, Sylvia est reconstruite par Christopher Newton en 2004, à l’occasion des célébrations du centenaire de la naissance d’Ashton. Elle est ensuite reprise notamment par l’American Ballet Theatre en 2005 et le Staatsballett Berlin en 2007.
- Sylvia, John Neumeier, 1997, Opéra national de Paris.
Dans cette version, l’histoire de Sylvia prend un aspect bien plus moderne. John Neumeier conçoit une nouvelle œuvre intitulée Sylvia – Trois poèmes chorégraphiques sur un thème mythique. Même si les danseuses restent sur pointes, ce ballet offre une nouvelle lecture de cette histoire mythologique.
Dans cette création, le chorégraphe collabore pour la scénographie et les costumes avec Yannis Kokkos, qui plonge la scène dans un univers symbolique avec, simplement, une porte jaune, des arbres bleus et un mur vert.
- Sylvia, Manuel Legris, 2018, Wiener Staatsoper.
Dans une version très classique du ballet, Manuel Legris choisit de revenir à l’esprit de la chorégraphie de Louis Mérante tout en privilégiant la danse et la virtuosité des interprètes.
Cette version met particulièrement l’accent sur les possibilités de la danse pure, donnant une place importante aux variations et aux grands ensembles. Manuel Legris crée cette version au Wiener Staatsoper en 2018, avant de la reprendre notamment à l’Opéra national de Paris en 2025.
Sources
- Royal Ballet and Opera, Archives, <https://www.rbo.org.uk/tickets-and-events/sylvia-2005-digital>
- Mem’Opera, Archives de l’Opéra national de Paris, <https://www.memopera.fr/oeuvre.php?code=SYA>
- France 3, Ina, Sylvia de John Neumier à l’Opéra de Paris, < https://fresques.ina.fr/en-scenes/fiche-media/Scenes00709/sylvia-de-john-neumeier-a-l-opera-de-paris.html?utm_source=chatgpt.com>, 2002
- Sylvia à l’Opéra national de Paris, < https://www.operadeparis.fr/saison-24-25/ballet/sylvia>, 2025
Sylvia – Marianela Nunez and Vadim Muntagirov in Sylvia c – Dave Morgan

