Introduction
Il s’agit d’un des rendez-vous de la saison 25/26 : le ballet Roméo et Juliette chorégraphié par le plus français des chorégraphes russes : Rudolph Noureev. La première du ballet a été donné le jeudi 2 avril 2026 à l’Opéra Bastille, sous le regard attentif du directeur de l’Opéra national de Paris (Alexander Neef) et l’enthousiasme du public parisien attendant depuis cinq ans le retour des amants de Vérone. Place au spectacle !
Casting
- ROMÉO : Paul Marque (Etoile)
- JULIETTE : Sae Eun Park (Etoile)
- MERCUTIO : Francesco Mura (Premier danseur)
- TYBALT : Jérémy-Loup Quer (Premier danseur)
- BENVOLIO : Jack Gasztowtt (Premier danseur)
- ROSALINE : Silvia Saint-Martin (Première danseuse)
- PÂRIS : Andrea Sarri (Premier danseur)
La chorégraphie de Noureev : fidèle au texte !
La chorégraphie de Rudolf Noureev se distingue par sa virtuosité et sa fidélité à l’œuvre de William Shakespeare. Le spectateur familier de la pièce de théâtre remarque immédiatement à quel point chaque geste traduit les intentions du texte. Contrairement à d’autres versions, comme celle de Kenneth MacMillan (1960), cette chorégraphie de Rudolph Noureev (1984) suit de près le déroulé dramatique original.
Par exemple, lors de la scène du balcon, Juliette répète à plusieurs reprises ses adieux à Roméo, révélant son incapacité à se détacher de lui : « Mon doux ami, bonne nuit. Développé par l’haleine de l’été, ce bouton d’amour peut, quand nous nous reverrons, être devenu belle fleur. Bonne nuit ! bonne nuit ! […] ! ». Cette hésitation se traduit sur scène par des mouvements de bras élégants et prolongés, qui s’inscrivent dans la musique de Sergueï Prokofiev. La chorégraphie accentue l’intensité émotionnelle de la scène et rend les adieux particulièrement poignants.
L’ensemble du ballet intègre également des éléments inspirés des passages plus légers de la pièce, notamment dans l’Acte I, où l’atmosphère est plus burlesque. Par ailleurs, la chorégraphie met en avant la virtuosité des danseurs, caractéristique du travail de Noureev, en particulier pour les rôles masculins. De plus, les personnages secondaires, tels que Rosaline, Mercutio, Benvolio et Tybalt, bénéficient de variations complexes qui enrichissent la structure du ballet. Aussi, les rôles de Roméo et Juliette exigent une grande endurance physique ainsi qu’une concentration constante. Certains passages valorisent particulièrement la danse, comme la scène du mariage secret ou le rêve de Roméo lors de son exil à Mantoue, où la chorégraphie prend une dimension plus développée.
La représentation
Lors de la représentation du 2 avril 2026 à l’Opéra Bastille, les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris confirment leur réputation d’excellence. Sae Eun Park dans le rôle de Juliette et Paul Marque dans celui de Roméo livrent une interprétation à la fois maîtrisée et expressive.
Paul Marque incarne un Roméo jeune et sincère, particulièrement convaincant dans l’Acte I. Sa technique, marquée par des sauts et des tours précis, suscite une forte réaction du public, notamment lors de sa variation de l’Acte II où il est applaudi à tout rompre. Il fait ensuite évoluer son interprétation vers une dimension plus tragique, en particulier dans la scène de la mort de Mercutio, interprété par Francesco Mura, où il exprime d’abord une incrédulité comique avant de basculer dans la douleur.
Sae Eun Park développe progressivement son interprétation au fil des actes. Elle se distingue particulièrement à partir de l’Acte II, lorsque Juliette prend conscience des conséquences des actes de Roméo. L’Acte III, centré sur son personnage, met en valeur sa capacité à exprimer la complexité émotionnelle de Juliette. Elle allie précision technique et expressivité, notamment dans la scène où les spectres de Tybalt et de Mercutio apparaissent, soulignant le dilemme intérieur du personnage. Son dernier crie en tant que Juliette en a ému plus d’un dans la salle.
Dans un rôle secondaire, Jeremy-Loup Quer attire l’attention dans le rôle de Tybalt. Il propose une interprétation marquée par une forte intensité dramatique avec un visage crispé par la haine des Montaigu et une grande compréhension de son personnage. Son jeu met en évidence la complexité du rôle, notamment à travers une gestuelle qui suggère une relation protectrice avec Juliette dans l’Acte I. Son engagement est notable lors de la scène de la mort de Mercutio, où il donne une dimension réaliste et marquante à l’affrontement. Le personnage de Jérémy-Loup Quer est aveuglé par la haine et ne voit plus clair sur scène.
Pour aller plus loin
Voici quelques liens de vidéos à voir pour voir la version de l’Opéra national de Paris :
Scène du balcon (Sae Eun Park et Paul Marque) : https://www.youtube.com/watch?v=Oqfn3flGXoo
Madrigual (Léonore Baulac et Germain Louvet) : https://www.youtube.com/watch?v=ntw1ZX4pI9c
Sae Eun Park et Paul Marque – Roméo et Juliette – c – Julien Benhamou (2021)


