Créé en 2024, le ballet contemporain, Requiem(s) d’Angelin Prejlocaj a fait son entrée sur la Seine Musicale de Boulogne-Billancourt ce 06 mai 2026 avec la compagnie de ce dernier. Nous nous y sommes rendu deux jours plus tard afin d’en savoir plus…
Informations techniques
• Chorégraphie : Angelin Preljocaj
• Musique : György Ligeti, Wolfgang Amadeus Mozart, System of a Down, Johann Sebastian Bach, Hildur Guonadóttir, chants médiévaux (anonymes), Olivier Messiaen, Georg Friedrich Haas, Jóhann Jóhannsson, 79D
• Vidéo : Nicolas Clauss
• Lumières : Éric Soyer
• Costumes : Eleonora Peronetti
• Scénographie : Adrien Chalgard
Requiem(s), ou la traversée du deuil
Contrairement à nos préjugés, Requiem(s) ne s’ouvre pas sur le Lacrimosa du Requiem de Wolfgang Amadeus Mozart, mais sur une pièce de metal. Dans une obscurité progressive, le public est immergé dans l’univers sonore du groupe System of a Down avec le titre Chop Suey!. Une musique qui offre un véritable contraste entre les airs doux et classiques qui lui succèdent.
Dès les premières minutes, le ton est donné : le spectacle ne se limite pas à une vision sombre du deuil. Il en explore aussi les prolongements, notamment la résilience et la capacité de renaissance qui en découle.
Pendant une heure trente, les tableaux s’enchaînent et interrogent les différentes étapes du deuil. La perte, la douleur, mais aussi la reconstruction y sont abordées. Le chorégraphe Angelin Preljocaj esquisse également une réflexion sur les croyances liées à la mort : la présence des disparus, les figures fantomatiques, ou encore l’angoisse du néant.
À travers ces images, il propose une lecture chorégraphique du rapport de notre société d’hier et d’aujourd’hui à la mort.
Une écriture chorégraphie entre pas classiques et contemporains
La Compagnie Preljocaj réunit des interprètes à la technique affirmée, capables de porter les chorégraphies des œuvres exigeantes de leur directeur artistique. La pièce se structure en plusieurs séquences mêlant ensembles, duos et quatuors (notamment deux formations, féminine et masculine) qui marquent particulièrement le spectateur.
Malgré la diversité des univers musicaux, une certaine constance se dégage dans le langage chorégraphique. Les mouvements, souvent répétés et amplifiés, se déploient en canon ou en fugue, créant un effet d’absorption proche de la transe. Une manière d’évoquer l’état émotionnel que peuvent susciter la perte et les rituels funéraires.
Les ballets d’Angelin Preljocaj s’inscrivent à la croisée des influences classiques et contemporaines. On y retrouve des éléments issus du vocabulaire académique classiques — arabesques, pirouettes, grands jetés — intégrés à une gestuelle plus ancrée, faite de grands pliés en seconde, de tensions dans les bras et de torsions du buste. Les portés, souvent acrobatiques, témoignent d’une grande maîtrise technique et d’une confiance mutuelle entre les danseurs offrant ainsi des figures spectaculaires au public de la Seine Musicale.
La représentation du 8 mai 2026 s’est conclue par une ovation du public, saluant l’engagement et la précision des interprètes.
Requiem(s) – Compagnie Prejlocaj – © – Didier PHILISPART




